Thierry Allard est un homme prudent. Cet ingénieur généraliste a mis quatre ans à mûrir son projet au sein de la technopole d'Orléans, en collaboration avec le Lesi (Laboratoire d'Électronique, Signaux et Images) et l'école Polytech, puis six ans à créer sa société - Wirecom Technologies, en 2002 - et vérifier que le marché existait. Aujourd'hui, il part à la conquête du monde. Son arme: des circuits électroniques et des puces permettant de faire communiquer entre eux les appareils d'électroménager, de climatisation, de chauffage, etc., en utilisant le courant porteur. Objectif : faire des économies d'énergie.
Chasse au gaspi
En 1997, ce spécialiste de l'ingénierie informatique dans le secteur énergétique (pipelines, barrages hydrauliques), pour lequel il a créé sa première société, ISI Systèmes, imagine un dispositif simple à installer et à utiliser pour mettre fin au gaspillage dans les entreprises : bureaux vides éclairés et chauffés la nuit ou le week-end, cafetières et ordinateurs qui restent branchés... « Un capteur mesure les écarts de température et de luminosité, détecte la présence humaine, les appareils connectés, l'ouverture d'une porte ou d'une fenêtre, explique Thierry Allard. Les informations transitent par le réseau électrique vers des circuits électroniques reliés aux différents équipements (chauffage, ventilation, éclairage), qui adaptent leur fonctionnement aux besoins. » Plus fort, lorsque vous « badgez » à votre entrée dans le bâtiment, le système le détecte et augmente le chauffage dans votre bureau ou démarre votre ordinateur... Même chose en sens inverse quand vous partez. Cette technologie puise aux sources de la domotique, qui a plus de vingt ans d'âge, reconnaît Thierry Allard, « mais, à l'époque, il ne s'agissait que de confort. L'augmentation du prix du pétrole donne à ces applications une tout autre perspective, y compris dans l'univers domestique ».
« Wirecom inside »
Dans une cuisine, un four équipé d'une puce Wirecom peut, lorsqu'il se met en marche, avertir le radiateur, qui baisse alors sa température. Un lave-vaisselle en fonctionnement interdit au lave-linge de démarrer, pour éviter les surconsommations d'eau et d'électricité. Avec les puces Wirecom, l'éclairage d'une pièce tient compte du degré de pénombre et de la présence humaine ; passé une certaine heure, le chauffage diminue progressivement dans le séjour et augmente dans les chambres ; le système déconnecte le téléviseur ou l'ordinateur en veille lorsque vous êtes couchés, etc.
La start-up orléanaise, qui négocie des partenariats avec les fabricants d'électroménager, va dans un premier temps commercialiser des kits grand public. « Des prises, fabriquées par Legrand ou Schneider, équipées de nos circuits électroniques et reliées en wi-fi à des capteurs et à un ordinateur. En téléchargeant une interface sur Internet, on pourra programmer pièce par pièce le fonctionnement du chauffage, de l'éclairage... » Tarif : autour de 3 000 euros pour un logement de type F3, avec un retour sur investissement de moins de deux ans promet Thierry Allard, qui imagine des applications dans le domaine de l'éclairage public (intensité des lampadaires en fonction de la luminosité ambiante, allumage si présence humaine...).
Après deux levées de fonds successives (3 millions d'euros en 2006, 4 millions en 2007), la PME emploie 60 personnes (dont les 10 salariés d'ISI Systèmes avec laquelle elle a fusionné) et prévoit d'en recruter une cinquantaine cette année, principalement des ingénieurs. Elle doit emménager prochainement dans son nouveau siège social – un bâtiment HQE (haute qualité environnementale) construit sur la technopole - et espère être profitable en 2008, en tablant sur 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 2 millions l'an passé. « Nous avons équipé environ 2 000 bâtiments en France, mais notre technologie est facilement exportable », souligne Thierry Allard, qui confie avoir déjà reçu plusieurs offres de rachat et table sur une entrée en Bourse en 2010.
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